Jazz à carthage  
Difficile de trouver un fil conducteur qui relierait les artistes qui nous font l'honneur de participer à Jazz à Carthage by Tunisiana. A l’instar d'autres festivals internationaux de Jazz, l'ouverture la plus large possible est pour nous un choix fondamental dans la programmation. Pas de genre particulier mis en lumière, pas d'origine commune et pas de génération privilégiée.

Grâce aux quinze formations présentes, provenant de huit pays différents : Etats-Unis, Portugal, Cuba, Pays-Bas, Tunisie, Belgique, Espagne et Brésil, la nouvelle édition nous offre un panorama riche et diversifié de cette musique qui se prête à toutes les interprétations. Qu’il soit mâtiné de Flamenco comme chez Tomatito et Buika, de rock, de folk, comme chez Axelle Red ou Milow, qu'il soit électro ou qu'il croise le blues, que les influences soient orientales comme chez Dhafer Youssef ou Amine & Hamza, le jazz reste cet éternel migrant, s'installant chez l'un, chez l'autre pour s'enrichir, s'étoffer sans jamais se dénaturer.

Pas de profil type non plus chez nos artistes. On peut juste relever une certaine tendance à la dynastie ; on pense bien sûr à John Lee Hooker Jr. ou à Chucho Valdés, fils de Bebo, mais aussi à Tomatito, qui est le troisième représentant d'une lignée de guitaristes flamencos ; Candy Dulfer est saxophoniste comme Hans, son père, et Kyle "fils de" a grandi dans la passion que Clint Eastwood, voue au jazz (qu'on se souvienne seulement du film "The Bird", superbe hommage à Charlie Parker). Mais le jazz en héritage ne se contente ni du talent initial ni des inspirations lumineuses…

Seules les rencontres entre musiciens, les répétitions incessantes et la participation du public, peuvent produire d'exceptionnels moments scéniques ou des enregistrements devenus des morceaux d'anthologie. Se faire un prénom peut parfois se révéler plus ardu que de se faire un nom et, par conséquent, plus méritoire. Pari gagné pour ces héritiers qui font, aujourd'hui, partie de la grande famille du jazz.

Cette édition se veut, justement, à l'image de cette famille, diversifiée et fédératrice, intégrant tendances et générations. Du Doyen Chucho Valdès du haut de ses 69 ans, à Peter Cincotti, qui est déjà un monument avant même d'approcher la trentaine et qui, à 17 ans à peine, a eu les honneurs du Festival de Montreux avec sa reprise de Night in Tunisia de Dizzie Gillespie, toutes les générations sont représentées.

Sherman Robertson et John Lee Hooker Jr. dont les spectacles bien rôdés conservent une énergie sur scène qui pourrait en remontrer aux plus jeunes, Dani Klein, la chanteuse des Vaya Con Dios qui aborde la maturité avec sérénité et une voix toujours aussi prenante. La génération des Axelle Red, Candy Dulfer, Dhafer Youssef et Kyle Eastwood dont le style affirmé continue à explorer les méandres du jazz.

Parmi les trentenaires qui amorcent une carrière pleine de promesses on trouve Buika "la nina de fuego" (la fille de feu), Jacinta, la chanteuse Blue Note du Portugal ou, plus proches de nous, Amine & Hamza.

Et enfin, les plus jeunes et non les moindres, les brillants Félix Junior et Hamilton Pinheiro, compositeurs et interprètes du groupe brésilien Duo 13 ou, Milow, propulsé en tête des hit-parades par la grâce d'un seul titre mais dont les albums témoignent déjà d'une maîtrise exceptionnelle.

Une programmation vaste et ouverte donc, mais cohérente, où chaque artiste se fait l'écho d'une tendance, porteur de nouveauté et d'une lecture du jazz qui lui est propre. Une mosaïque d'interprétations et de créations qui remportera assurément tous les suffrages et enchantera un public connaisseur et exigeant.