Revue de presse

Entretien avec Mourad Mathari, promoteur-créateur d’événements et de Jazz à Carthage : Un florilège de tous les genres du jazz

26.03.2010 | source : La presse

Jazz à Carthage est désormais installé dans le paysage culturel tunisien. Parlez-nous justement de la genèse de cet événement ?

J’ai été, vous le savez, producteur exécutif du festival de jazz de Tabarka pendant huit ans de 1996 à 2003. Le public, qui s’est constitué alors, a été nombreux depuis à solliciter une manifestation de cette qualité dans le Grand-Tunis.

J’ai donc choisi la période du printemps, loin des festivals d’été, plus précisément le mois d’avril, pour lancer il y a six ans, en 2004, «Jazz à Carthage» afin d’animer les côtes de cette prestigieuse banlieue nord.

Désormais ancré, cet événement se caractérise par le sérieux, le professionnalisme et le savoir-faire. Chemin faisant, une attente s’est créée chez le public aussi bien local qu’étranger. Ce dernier provenant essentiellement de France et d’Espagne vient en grand nombre pour vivre et suivre l’événement.

Sa fidélité et son assiduité engrangent un bon point pour la manifestation. Maintenant à nous de relever le défi et de ne pas le décevoir.
Comment s’articule le programme de cette 6e édition et quels en sont les concerts et les spectacles phare?
La programmation se distingue cette année par l’ouverture la plus large possible sur un florilège de tous les genres et tendances du jazz.
Plutôt équilibré, le programme tient compte des penchants et de l’intérêt du public qui se sont nettement dégagés durant les cinq dernières éditions, mais aussi de nos moyens financiers.

Quinze formations provenant de huit pays différents — Brésil, Cuba, Etats-Unis, Portugal, Pays-Bas, Belgique, Espagne et Tunisie — animeront l’événement et proposeront au public un panorama riche et diversifié de la musique de jazz qui se prête à toutes les interprétations et à toutes les tendances : matinée de flamenco comme chez Tomatito et Buika, de rock, de folk, comme chez Axelle Red ou Milow, ou d’influences orientales comme chez Dhafer Youssef ou Amine et Hamza. Cette 6e édition est aussi ouverte sur toutes les générations :

Du doyen, Chucho Valdés du haut de ses 69 ans, à Peter, déjà un monument à 17 ans à peine et qui a eu les honneurs du festival de Montreux avec sa reprise de Night in Tunisia, la perle de feu Dizzie Gillespie.

Certaines de ces figures phare du jazz sont des héritiers, autrement dit des jazzmen de père en fils, tels John Lee Hooker Jr ou Chucho Valdés, fils de Bebo, mais aussi Tomatito, troisième représentant d’une lignée de guitaristes flamenco, Candy Dulfer, saxophoniste comme Hans, son père et Kyle, contrebassiste, fils de Clint Eastwood, qui a grandi dans la passion que son père, acteur et réalisateur, voue au jazz comme on le voit bien dans son film The bird, superbe hommage à Charlie Parker.

En regardant ce programme, vous verrez que certains artistes sont de retour comme le groupe Vaya con Dios qui ont donné un concert acoustique mémorable à guichets fermés il y a deux ans, sous la houlette de Dani Klein, Jazz woman à la voix bluesy, Jazzy et Funky.

Vaya con Dios reviennent donc cette année à Jazz à Carthage parce qu’ils l’avaient promis au public tunisien qui leur avait fait une standing-ovation et qui les retrouvera avec un immense plaisir.

Nous avons tenu également à inviter des artistes emblématiques, tels John Lee Hooker Jr, un monument du blues, ainsi que son compatriote américain Peter Cincotti, un virtuose du piano, chanteur et compositeur qui a déjà une longue et prodigieuse carrière derrière lui, à 27 ans seulement. Doté d’une voix magique, il a l’art d’explorer tous les styles blues, jazz, rock et funk.

Tomatito, autrement dit «Petite tomate», est un guitariste espagnol hors pair qui doit sa carrière au monstre de la guitare, Palo De Lucia qu’il a accompagné à ses débuts. C’est l’un des représentants les plus brillants du «Nouveau flamenco» ayant collaboré avec les plus grands comme Elton John, Frank Sinatra et autres, avant de fonder son propre groupe Tomatito sextet.

Buika, espagnole d’origine africaine, est connue du public tunisien qu’elle a ému grâce à sa voix fabuleuse, ses compositions et ses mix de tango, bolero, jazz et autres.

A découvrir aussi Duo 13, deux compères brésiliens virtuoses de la guitare. Il interpelle aussi le public des jeunes avec les spectacles de Milow, auteur-compositeur qui chante la vie, l’amour et les ados sur des rythmes pop et rock, mais aussi de Candy Dufler, une grande saxophoniste et chanteuse qui a accompagné Prince et Madonna dans leur concert respectif.

Il y aura aussi de la variété soul avec le trio acoustique conduit par Axelle Red que les Tunisiens connaissent pour la beauté de sa voix, mais aussi son engagement humaniste pour l’enfance et contre la guerre.

Les artistes tunisiens seront également de la fête. Amine et Hamza, et Dhafer Youssef qui, avec Abu Nawas Rhapsody, nous propose un retour aux sources acoustiques inspirées des musiques du monde. Il sera accompagné par Tigran Hamasyan, un virtuose du piano, Chris Jennings et Mark Guiliana.

En marge des grands spectacles, sont prévues dans le volet «jazz attitude», des soirées «After» pour les jeunes, «Les Jazz-club» pour les couche-tard, spectacle animé par «The Sherman Robertson hand» et John Lee Hooker Jr, des «Jam sessions». L’exposition de photos de Samy Snoussi «La citizen Jazz expo» se tiendra du 2 au 18 avril dans le grand hall du Barcelo et rendra un superbe hommage aux plus grands artistes du jazz.

Avec toutes ces têtes d’affiche et ces multiples événements, peut-on dire que vous êtes optimiste quant à la réussite de la manifestation ?

Il faut dire que je compte beaucoup sur la passion et la générosité du public entre jeunes et moins jeunes, auquel je propose une manifestation loin d’être classique, qui s’ouvrira par un jazz-club et qui sera clôturée par un «After Jazz». Je laisse donc une grande part d’improvisation et de surprise au public, qui, avec les médias, déterminent en grande partie la programmation.

J’ai toujours eu l’ambition d’inviter les grandes stars du jazz, mais il faut aussi que vous sachiez que je fais le maximum avec le minimum.
Le budget de cet événement musical n’est que de 500.000 dinars sans compter qu’il y a l’inconvénient de la salle du Barcelo, n’offrant qu’une capacité de 1.200 places. Ce qui est très peu pour la rentabilité de la manifestation; l’idéal pour ce genre de concerts serait d’avoir une salle de 2.500 à 3.000 places.

C’est pourquoi, je sollicite une aide de l’Etat pour agrandir la manifestation et la promouvoir à l’étranger, surtout si l’on sait qu’il y a une attente de la part de ce public-là. Mais, ce qui me satisfait le plus maintenant, c’est l’équipement technique performant dont la salle a été dotée.

Comment voyez-vous l’avenir de Jazz à Carthage ?

Avec plus de moyens financiers et une salle plus grande, je peux m’attaquer, de manière plus sérieuse, à la promotion de l’événement au plan international avec l’aide des départements concernés. Surtout que Jazz à Carthage ne se contente pas d’offrir du divertissement et de créer une dynamique, mais a largement contribué à lancer de jeunes artistes tunisiens sur la scène internationale du jazz et du rock, à l’image de Wajdi Chérif, Yacine Boularès qui se sont installés à New York. D’ailleurs, Scoop Management accompagne, désormais, les artistes tunisiens et met à leur disposition sa force de communication et ses réseaux professionnels. Car certains de nos objectifs consistent à faire découvrir et promouvoir les jeunes artistes tunisiens ainsi que notre pays en tant que destination artistique et culturelle.

Propos recueillis par Samira DAMI